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Matériel de pêche à la mouche: Moulinet : Contenance - Poids - Récupération - Frein - Diamètre

Le frein du moulinet à mouche

Photo de saumon pris à la mouche
Franck, excellent pêcheur danois, s'amuse à pêcher le saumon avec un moulinet Loop Dry Fly, destiné, comme son nom l'indique, à la pêche en sèche de la truite...
Solution: une soie Loop Adapted, un running line très fin, et autant de backing que possible. Très risqué en raison de la faible contenance du moulinet, mais ça marche!
Le frein? La main du pêcheur.

(Photo Thierry Willems)

Le frein d'un moulinet peut avoir deux usages: empêcher la bobine de s'emballer, freiner le poisson lors du combat. Pour ce faire, les fabricants ont recours à trois systèmes: le cliquet, le frein à disque ou encore la pression sur la bobine. Les moulinets automatiques sont à part. Leur bobine ne peut pas s'emballer car elle est rattachée à un ressort.

Le cliquet


Le cliquet est le plus classique des freins. Une pièce plus ou moins triangulaire voit un de ses angles frotter contre une couronne dentelée solidaire de la bobine. Cette pièce triangulaire est maintenue en pression contre cette couronne à l'aide d'une lame ressort qui appuie sur l'un de ses côtés. C'est simple, c'est efficace, mais c'est bruyant.

Et le bruit, les pêcheurs français n'aiment pas. Et je dis bien les Français, car ailleurs dans le monde, le bruit du cliquet ne semble déranger personne. Au contraire même, nombreux sont les pêcheurs qui adorent entendre chanter le frein du moulinet sous la fuite éperdue d'un beau poisson. Tiens, j'ai dit "chanter". C'est d'ailleurs le terme consacré. Comme quoi un cliquet ne fait pas un bruit si horrible...

Oui, mais voilà, il y a "l'exception française", pour reprendre une expression si chère à certains de nos hommes politiques. La France est un pays qui n'a sans doute pas la plus forte concentration d'habitants au kilomètre carré, mais ce n'est pas le plus désertique non plus. Et les pêcheurs français aiment manger leurs captures, ou les donner. Disons qu'en règle générale, ils n'aiment pas remettre à l'eau les poissons qu'ils attrapent. L'ennui c'est que la croissance d'un poisson s'arrête dès qu'il passe à la casserole. Date à laquelle il cesse également de se reproduire. Pour avoir une chance de prendre de beaux poissons plus souvent, il faudrait que les Français changent de comportement, de mentalité. Un vœu pieux... Partout ailleurs dans le monde, le plus grand nombre et la plus grande taille des poissons par rapport à la France, s'explique par une réglementation simple et efficace de la pratique de la pêche. Ce n'est pas que la pratique de la pêche n'est pas réglementée en France. Certes non! Elle est même, comme beaucoup d'autres choses, réglementée à outrance. Mais si la réglementation répond à un vœu, elle est inefficace faute de volonté réelle de parvenir à un résultat, et aussi, probablement, en raison de divergences politiques fondamentales. La réglementation de la pêche en France correspond plus aux besoins et aux nécessités du temps de l'occupation nazie et de l'après-guerre qu'à ceux d'aujourd'hui. À l'époque, il fallait satisfaire des besoins alimentaires tout en respectant le couvre-feu, donc laisser les pêcheurs conserver leurs prises, et interdire la pêche de nuit. L'ennui, et tous les pêcheurs à la mouche le savent bien, arrêter de pêcher juste 1/2 heure après le coucher du soleil, revient souvent à se priver de la meilleure partie du coup du soir. Sans compter la difficulté à déterminer l'heure de coucher du soleil. Bien sûr, pour simplifier, certains se réfèrent à l'heure de Paris, celle qui est connue de tous. Mais c'est nier les problèmes de longitude et de latitude qui font, qu'on le veuille ou non, que le soleil ne se lève ni ne se couche pratiquement nulle part à la même heure.

On comprend mieux maintenant, l'aversion des Français envers le bruit d'un cliquet: ça attire l'attention de personnes indésirables à l'heure où ça mord, celle des gardes-pêche et des gendarmes.

Le frein à disque


Un fabricant anglais a eu la géniale idée, un jour, de mettre un frein à disque sur certains de ses moulinets destinés à la pêche de la truite. Certes, Hardy l'avait fait avant, mais c'est British Fly Reel qui a sorti, au début des années 80, le premier moulinet manuel à truite bon marché doté d'un frein à disque: le Dragonfly. Et je fus sans doute l'un des premiers Français à en acheter un. J'avais tout de suite pressenti, sans avoir vu le moulinet (je l'ai acheté par correspondance en Angleterre à une époque où ce genre d'opération avait été rendu particulièrement difficile par un strict contrôle des changes), que le cliquet ne servirait plus à rien, et qu'il devait être possible de l'ôter. Quand je reçus le moulinet, je me rendis compte qu'il n'y avait même pas besoin d'ôter le cliquet, on pouvait tout simplement le pousser de côté. Rapidement, les moulinets silencieux s'imposèrent en France. C'est grâce à eux que les moulinets automatiques furent détrônés.

La pression sur la bobine


Un fabricant, Loop, avec ses modèles Traditional et Graphite, se distingue des autres pour freiner la bobine du moulinet. Ce sont des roues montées sur roulement à billes, qui font pression sur la bobine et l'empêchent de s'emballer. La bobine n'est plus montée sur un axe central, mais suspendue entre six roues. Ce système unique, génial et breveté, permet d'empêcher la bobine de s'emballer tout en la laissant très libre de tourner. Du coup, elle n'offre quasiment pas de résistance au démarrage, et offre un fonctionnement d'une extrême douceur: on peut pêcher plus fin sans accroître notablement les risques de casse. Revers de la médaille, ce frein est incapable d'arrêter un poisson dans sa fuite. Mais est-ce un problème?

Le frein de combat


Si empêcher l'emballement de la bobine est la tâche première du frein, certains ont voulu aller plus loin en proposant de combattre le poisson avec le frein du moulinet. Voyons un peu ce qu'il en est.

Le premier fabricant à proposer aux pêcheurs de combattre leurs poissons avec le frein du moulinet, je pense que c'est une fois de plus British Fly Reel, fabricant de nombreux moulinets commercialisés sous diverses marques: BFR, Leeda, Scentific Anglers, Orvis, Cortland, etc. Hormis BFR, tous les moulinets des autres marques ne sont pas fabriqués par BFR, mais certains d'entre eux en tout cas. Beaucoup de pêcheurs se souviennent sans doute de la publicité du System Two de Scientific Anglers: son frein est tellement puissant qu'il pourrait arrêter un train. Bravo! L'ennui, c'est qu'aucun pêcheur à la mouche n'a jamais voulu arrêter un train avec son moulinet à mouche. Mais ce slogan a marché. Il suffit de voir les pêcheurs à la mouche dans les salons: ils serrent le frein au maximum et vérifient à quel point la bobine est alors dure à tourner. C'est devenu un critère de sélection, un argument de vente. Stop! Vous pêchez en combien de centièmes? 50, 60 centièmes? Hein? En 12, en 10, voire en 8 ou en 6? Qu'espérez-vous donc d'un frein capable d'arrêter un train? Qu'il casse votre bas de ligne? Non, ce que vous attendez d'un frein, c'est qu'il soit le plus doux possible, au contraire. Alors? Alors, la vérité est qu'il était sans doute impossible de vendre ailleurs qu'en France un moulinet silencieux. Mais la France est un marché si petit pour la pêche à la mouche, qu'il est hors de question pour un fabricant de réaliser un moulinet spécifique au marché français, et de le vendre à un prix démocratique, je veux dire bon marché. Il fallait donc bien trouver un argument de vente. Cet argument de vente ne pouvait être que le frein à disque. Ça ne pouvait être que l'aptitude de ce frein à bloquer un gros poisson dans sa fuite. Quelque part, le rêve de tout pêcheur... Et ça a marché auprès des Américains, il est vrai plus habitué que nous à la pêche à la mouche en mer de très gros poissons pour lesquels un frein peut se révéler utile. Et ça nous est revenu dessus. L'ironie de la chose, c'est que la véritable utilité du frein à disque à l'origine, c'est en France qu'elle est née: supprimer le bruit du cliquet. Mais c'est par le rêve que le frein à disque s'est imposé.

Oui mais, me direz-vous, on ne pêche pas qu'en 10 centièmes, et quand on pêche la truite au streamer, on est monté plus costaud. De même quand on pêche la truite de mer ou le saumon. Alors, un frein à disque pour freiner le poisson, c'est bien utile. Vrai? Faux? Faux, ou en tout cas pas si vrai. Il existe, sur les moulinets dépourvus de frein à disque, un excellent moyen de freiner le poisson quand on est monté suffisamment gros. C'est d'appliquer un doigt sur le rebord de la bobine. BFR, encore lui, avait d'ailleurs popularisé ce type de freinage avec son moulinet, le Rimfly, qui offre un "rim control", freinage au doigt sur le rebord de la bobine enveloppante. Et je dois dire que ce freinage au doigt est autrement plus sensible que le meilleur des freins à disque. Car le risque, ce n'est pas de ne pas freiner assez, mais bien de freiner trop. Nous avons beaucoup plus de sensation avec un de nos doigts que par l'intermédiaire du frein du moulinet.

En conclusion


Pour en terminer avec ce sujet, je dirai encore deux choses.

Il n'y a pas de plus sûr moyen de perdre un beau poisson que de le tenir trop serré au début de la bagarre, alors que le poisson a encore toutes ses forces. Lors de son premier rush, le mieux est de ne rien faire. C'est la raison pour laquelle une longueur suffisante de backing est indispensable. Brider un poisson au début de la bagarre le rend fou furieux. Gare à la casse! Quand un poisson demande de la ligne, donnez-lui en, c'est le meilleur moyen de le calmer. C'est d’ailleurs comme ça que de très gros poissons sont capturés avec du matériel léger. Prenez votre temps.

Ce n'est que lorsque vous recherchez de très gros poissons et que vous êtes monté costaud que vous pouvez avoir besoin et vous servir d'un frein sur le moulinet. La raison? Si vous êtes monté en 50 centièmes et que vous avez un poisson de 50 livres passées au bout de la ligne, si vous freinez la bobine au doigt lors d'un rush, et que par inadvertance, votre doigt touche à la manivelle, au lieu de casser votre bas de ligne, vous risquez de casser votre doigt... D'où l'intérêt en ce cas d'avoir le système de réglage du frein à l'arrière du moulinet, comme sur le Loop Evotec, et non au beau milieu de la bobine. Un dernier conseil: votre frein devrait être correctement réglé en début de partie de pêche, et vous ne devriez pas avoir besoin d'y toucher par la suite. À moins que votre frein ne soit cranté, comme sur le Loop Evotec, et que vous ne connaissiez auparavant la plage de freinage compatible avec la résistance de votre fil.


Photo de saumon de la Spey, en Ecosse, pris à la mouche
Saumon de la Spey (Ecosse), pris à la canne à mouche à deux mains.
Frein: la main du pêcheur.

(Photo Thierry Willems)