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Matériel de pêche à la mouche: Soie : Marquage - Profil - Poids - Densité - Glisse - Équilibre - Couleur

La densité de la soie à mouche

La densité détermine si la ligne à mouche va flotter ou couler. En clair, si la densité de la soie est inférieure à celle de l'eau, elle va flotter. Si elle est supérieure, elle va plonger. Si elle est voisine de celle de l'eau, elle va hésiter avant de couler lentement: on dit alors que la soie est intermédiaire.

On peut distinguer les soies flottantes, les soies intermédiaires, les soies complètement plongeantes, les soies à pointe plongeante et enfin les shooting heads plongeantes. Les explications qui suivent devraient vous permettre d'y voir plus clair.

Les soies flottantes

En règle générale, tout pêcheur à la mouche a besoin d'une soie flottante. C'est la ligne passe-partout. On s'en sert aussi bien pour pêcher à la mouche sèche qu'à la mouche noyée, à la nymphe ou au streamer, que ce soit en rivière, en lac ou en mer. En pratique, la soie va flotter pour deux raisons: sa plus faible densité que l'eau et la tension superficielle de l'eau. Une soie à mouche va d'autant mieux flotter qu'elle sera moins dense que l'eau. La densité de l'eau étant de 1, la plupart des soies flottantes seront de densité voisine de 0,95. Un fabricant (Airflo) a fait des essais de soies encore moins denses, en abaissant la densité à 0,80. L'ennui est que lorsqu'on diminue la densité d'une ligne, soit on l'allège, soit on la rend plus épaisse. Or, on sait l'attachement justifié que les pêcheurs à la mouche ont pour les soies fines, lesquelles percent mieux le vent et sont donc plus faciles à lancer. On se contente donc de soies de densité proches de celle de l'eau en s''aidant de la tension superficielle de l'eau pour faire flotter les soies. À cet effet, les fabricants utilisent des lubrifiants pour améliorer la glisse de leurs soies et les rendre plus répulsives à l'eau afin qu'elles ne percent pas, ou plus difficilement, la tension superficielle de l'eau.

Pour faire flotter les soies à mouche, les fabricants font appel à deux choses. Tout d'abord, une ligne peut flotter grâce à la tension superficielle de l'eau. C'est grâce à elle que les insectes naturels peuvent se poser sur l'eau sans couler. C'est sur cette tension superficielle que comptent les fabricants de soies naturelles qui sont un peu plus dense que l'eau, donc légèrement plongeantes. Plus elles seront fines et bien graissées, mieux elles flotteront. Les fabricants de soies en plastique ne se contentent pas de la tension superficielle de l'eau. Ils fabriquent des soies qui flottent parce qu'elles sont moins denses que l'eau. Pour ce faire, ils utilisent soit un plastique moins dense que l'eau (Airflo), soit, plus traditionnellement, ils insufflent de l'air directement dans le plastique (Masterline), ou ils insèrent dans le plastique, qui est ici du PVC, des micro billes de verre creuses remplies d'air (Scientific Anglers et tous les autres fabricants). Quel est le meilleur procédé? La solution idéale semblerait être d'utiliser un plastique moins dense que l'eau. Mais, jusqu'à aujourd'hui, ces lignes souffrent d'un problème soit de mémoire, soit de solidité. Bref, le procédé n'est pas parfaitement au point. Insuffler de l'air directement dans le plastique est le procédé le plus ancien. Il ne fonctionnait pas bien à l'époque. Il ne fonctionne pas beaucoup mieux aujourd'hui. En effet, la répartition de l'air dans le plastique liquide est difficilement contrôlable. Quand des bulles d'air approchent trop de la surface de la ligne, le revêtement devient rugueux et fragile. Le meilleur procédé reste celui des micro billes. Mais il présente l'inconvénient d'accélérer le vieillissement de la soie. Alors? Il faut se demander ce que l'on veut. Veut-on une mauvaise soie qui risque de durer longtemps, ou préfère-t-on une bonne soie qu'il faudra changer de temps en temps? La soie à mouche étant un élément fondamental de la pêche à la mouche, la plupart des pêcheurs préfèrent la qualité à la longévité de la ligne.

Les soies intermédiaires


La soie intermédiaire est utile pour pêcher en noyée juste sous la surface. C'est très pratique pour pêcher à la nymphe en réservoir dans la pellicule de l'eau. C'est aussi une excellente soie pour pêcher le saumon ou la truite de mer à la mouche noyée. Une soie intermédiaire a en effet tendance à mieux présenter la mouche. Mais aussi, quand il y a des saletés qui passent sur l'eau, la soie intermédiaire, en plongeant légèrement, évite de ramasser la plupart de ces débris. Graissée, une soie intermédiaire peut parvenir à flotter. Elle utilise alors la tension superficielle de l'eau. C'est ainsi que les soies naturelles, qui sont des soies intermédiaires, parviennent à flotter. Mais dès que la graisse s'en va, ou que la soie perce la tension superficielle de l'eau, la soie intermédiaire va se mettre irrémédiablement à couler.

Les soies plongeantes


Les soies plongeantes permettent de pêcher plus profondément. Elles servent surtout pour la pêche en lac et réservoir. Elles sont également utiles pour pêcher le saumon et la truite de mer. Il existe plusieurs vitesses de plongée. Certains fabricants disent que leurs soies plongent lentement, rapidement ou très rapidement. D'autres préfèrent exprimer cette vitesse de plongée par un nombre, par exemple plongeante 1, 2, 3, etc., le plus petit nombre exprimant la vitesse la plus lente et le plus grand la vitesse la plus rapide. Certains encore indiquent la vitesse de plongée en secondes par mètre.

Si tout cela peut sembler compliqué, voire scientifique, il en va autrement dans la pratique. En effet, indiquer la vitesse de plongée en secondes par mètre ne peut être vrai qu'en eau dormante, dépourvue de tout courant, ce qui n'est que rarement le cas là où se trouvent les poissons. Et puis, il faut comprendre qu'une soie plongeante de vitesse 2 peut très bien plonger aussi profond qu'une soie de plongée 4. Elle atteint la même profondeur, mais cela lui prend simplement plus de temps. Cependant, la vitesse de plongée va avoir aussi une incidence sur la façon dont les mouches vont pêcher. En effet, quand le pêcheur va récupérer sa ligne, la situation va devenir comparable à ce qu'elle est en rivière où il y a du courant. En bref, une ligne plongeante lente sera parfaite pour pêcher lentement au fond ou entre deux eaux. Une ligne plongeante rapide permettra, voire demandera, une vitesse de récupération plus rapide pour pêcher à la même profondeur. On n'utilisera donc pas, en principe, la même mouche avec une soie plongeante lente et une rapide.

En rivière, tout va dépendre de la vitesse du courant. Là, il n'est plus question de mesurer la vitesse de plongée en secondes par mètre. En fait, une soie plongeant très rapidement peut très bien ne plonger que de quelques centimètres de plus qu'une soie plongeant lentement. Il faut alors faire des essais pour "sentir" quelle soie convient le mieux.

Il est parfois soutenu qu'il faut choisir une soie d'un numéro de moins en plongeante qu'en flottante. C'est faux. Deux soies d'un numéro donné pèsent exactement la même chose, qu'elles soient flottantes, intermédiaires ou plongeantes. Ce qui est vrai, c'est qu'une soie plongeante, ayant une densité plus élevée qu'une soie flottante, sera, à poids égal, plus fine qu'une soie flottante. Elle percera donc mieux le vent et aura naturellement tendance à être plus rapide qu'une soie flottante, davantage freinée dans l'air. On sentira donc mieux tirer une soie plongeante qu'une soie flottante, d'où cette impression de plus grand poids. Mais ce n'est qu'une impression dont ne souffre absolument pas la canne. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que les cannes de faible puissance s'accommodent fort mal d'une soie plongeante. Pas lors du lancer, mais pendant l'action de pêche et lorsqu'il s'agit d'arracher la soie pour relancer. On peut dire qu'au-dessous de la puissance 6, une canne n'est absolument pas faite pour une soie plongeante. Et ce n'est qu'à partir des cannes de puissance 7 ou, mieux, 8 que l'on pourra réellement utiliser les soies les plus plongeantes.

Certaines soies plongeantes sont à compensation de densité ou à densité intensifiée. De quoi s'agit-il? Les fabricants ont remarqué que les soies plongeantes plongeaient plus vite là où se situait le poids de la soie, c'est-à-dire le ventre de la soie. Beaucoup ont réglé le problème en abandonnant le profil DT au profit du WF, afin que ce soit bien la partie avant de la soie qui plonge en premier. D'autres sont allés plus loin en recommandant l'usage de shooting heads, qui ont un profil beaucoup plus adapté à la pêche en soie plongeante (voir plus bas). Certains (Airflo et Scientific Anglers) ont conçu des soies dont la densité varie tout au long de la ligne, en s'accroissant à mesure que l'on se rapproche de la pointe de la soie. En d'autres termes, ces soies ont été conçues pour pêcher plus droit, ce qui facilite la détection des touches. Ces soies sont particulièrement bien adaptées à la pêche en réservoir pour qui ne veut pas se convertir à la shooting head.

Les soies à pointe plongeante


À côté des soies plongeantes, il existe encore des soies à pointe plongeante. Il s'agit d'une soie flottante dont seule la partie avant est plongeante. À quoi cela peut-il bien servir? En eau dormante, probablement à rien. En rivière, cela peut s'expliquer. Une soie totalement plongeante rend difficile le contrôle de la dérive de la mouche ainsi que la perception des touches. La soie s'émergeant totalement, une bonne partie de la ligne est emportée par le courant. Si le courant principal se trouve entre le pêcheur et la tenue principale de poissons, ceux-ci ne peuvent pratiquement plus être pêchés si le ventre de la soie est entraîné par le courant principal. Le mending ou replacement de la soie, possible avec une soie flottante, ne l'est absolument pas avec une plongeante. D'où l'idée d'une soie à pointe plongeante. Idéal alors? Certainement pas. S'il est vrai que ça pêche plutôt bien, il faut aussi dire que ça lance plutôt mal. Car il y a rupture de densité entre la partie flottante et la partie plongeante. On vient de voir qu'une soie plongeante est plus fine, à poids égal, qu'une soie flottante. Avec une soie à pointe plongeante, on va soit avoir un brusque amincissement de la ligne quand elle va passer de la partie flottante à la partie plongeante, soit un brusque changement de poids. Dans les deux cas, il va y avoir une sorte de cassure qui va rendre le lancer plus difficile à maîtriser, et la précision va en souffrir. Ce problème sera d'autant plus présent que la partie avant sera plus plongeante.

C'est la raison pour laquelle certains préfèrent aux soies à pointe plongeante, les bas de ligne plongeants. Ces derniers sont en effet beaucoup plus faciles à maîtriser, et l'on ne sent pratiquement pas la différence lors du lancer. L'ennui est que les bas de ligne plongeants, surtout en rivière, ne plongent pas assez. Il faut une soie qui plonge.

Les shooting heads plongeantes


Il est alors une solution bien préférable aux soies plongeantes et à pointes plongeantes. Ce sont les shooting heads. On a longtemps affirmé que les shooting heads étaient des soies pour pêcher en réservoir. Même si certains en conseillent l'usage en réservoir pour essayer de gagner en distance, il est faux et archi-faux de dire que ce sont des soies pour pêcher en réservoir.

Si c'était vrai, on se demande bien pourquoi aussi peu de pêcheurs en réservoir les utilisent. La réponse est simple. Si une shooting head facilite en effet le lancer à grande distance, ce n'est pas Monsieur Tout Le Monde qui parvient à lancer plus loin avec une shooting head. Pourquoi? Parce que Monsieur Tout Le Monde éprouve des difficultés à shooter. Ce à quoi sont notamment destinées les shooting heads. Pour lancer vraiment plus loin, il faut utiliser un backing spécial appelé running line ou shooting line. Il faut que ce running line ait le moins de mémoire possible, sans quoi il va remonter en paquet dans les anneaux lors du shoot final. Il ne faut pas que ce running line se prenne dans des herbes ou brindilles qui se trouvent sur le sol. Quand on pêche en marchant dans l'eau, il ne faut pas qu'il adhère trop à l'eau, qu'il coule. Pour remédier à tout cela, il existe un accessoire très pratique, le panier de lancer. Il n'en demeure pas moins qu'il faut que le pêcheur sache shooter.

En rivière, la shooting head plongeante présente un avantage énorme sur la soie plongeante ou à pointe plongeante. Il s'agit d'une soie courte, de 9 à 10 mètres en règle générale. Sans être un expert, il est facile de shooter 5 ou 6 mètres de running line, ce qui si l'on ajoute la longueur du bas de ligne, permet de pêcher à environ 18 mètres, ce qui est souvent largement suffisant pour attraper du poisson. Mais le gros avantage de la shooting head ne s'arrête pas là. Le running line auquel on attache la shooting head est fin et ne pèse pratiquement rien. Ce qui facilite considérablement le contrôle de la dérive de la mouche, et permet une bien meilleure détection des touches. Quand on veut éviter un courant vif entre le pêcheur et la tenue des poissons, il suffit de relever la pointe de la canne: le running line décolle alors de l'eau sans pour autant tirer sur la mouche. Ce qui est impossible avec une autre soie.

Il est vrai que les shooting heads ont aussi la fâcheuse réputation d'être des soies bas de gamme, grossières, mal équilibrées. C'est loin d'être toujours vrai. Loop notamment propose des shooting heads sous le nom de Loop Adapted. Ce sont des shooting heads adaptées à la longueur et à la puissance de la canne. Ces soies sont remarquablement équilibrées, Loop ayant toujours attaché la plus grande importance à 'équilibre tant des soies que des bas de ligne. Et tous les pêcheurs à la mouche savent à quel point il est agréable d'utiliser des soies et des bas de ligne bien équilibrés, les seuls qui soient capables de se faire oublier afin de permettre au pêcheur de se concentrer sur l'essentiel: la pêche.

Aux prises avec un saumon pris à la mouche, rivière Umba, Péninsule de Kola, Russie.
Aux prises avec un saumon pris à la mouche, rivière Umba, Péninsule de Kola, Russie.
(Photo Steffen Juhl)