alamouche.com

Home - E-mail

Destinations: L'Umba : La saison - Les pools - L'équipement

Les saumons de Kola

Photo de Christer avec un magnifique saumon atlantique de la Péninsule de Kola
Christer avec un magnifique saumon atlantique de la Péninsule de Kola

La Péninsule de Kola, avec l'ouverture des frontières de la Russie, ex-Union Soviétique, est devenue, dans les années 90, la destination de rêve de tous les pêcheurs de saumon atlantique. Jusqu'alors, on ne parlait que de déclin de l'espèce, voire de sa disparition prochaine. Quel ne fut pas l'étonnement des pêcheurs occidentaux quand ils découvrirent les rivières de Kola. Oh, bien sûr, il y eut des échecs. Toutes les rivières de la Péninsule ne se valent pas. L'époque de remontée des saumons varie d'une rivière à l'autre. Les remontées n'ont lieu qu'à la belle saison, comme partout ailleurs. Mais au nord du Cercle Polaire Arctique, la belle saison est courte. Alors les saumons doivent se dépêcher et, sur certaines rivières, la migration des saumons ne dure que quelques semaines. Avant, c'est trop tôt, il n'y a pas de saumon. Après, c'est trop tard, on ne pêche plus de poissons frais, et il faut remonter les rivières pour les trouver.

Les rivières du nord

Les rivières réputées comme ayant les plus gros saumons sont les rivières du nord de la Péninsule. Elles présentent cependant quelques inconvénients.

Pour commencer, elles sont situées sur un territoire militaire. À ce titre, la pêche peut y être fermée pour une durée plus ou moins longue, sans d'autre formalité et sans préavis. Bon, ça n'arrive pas toutes les semaines, mais c'est une menace permanente.

Ensuite, comme partout, les très gros saumons, que tous les pêcheurs, ou presque, recherchent, sont les premiers à remonter. Le début de la saison est donc plus intéressant. L'ennui, c’est qu'il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de prédire quand se produira le début de la saison. Tout dépend du temps, de la précocité ou du retard du Printemps.

Pour vous donner une idée, en 1995 je suis arrivé à Mourmansk le 27 mai. Il faisait beau et chaud, beaucoup plus chaud qu'à Paris, presque la canicule. Le temps était identique sur l'Umba, à 350 kilomètres de là, plus au sud. Quinze jours auparavant, la rivière était encore gelée! La semaine précédente, elle charriait encore des blocs de glace. Quand nous sommes arrivés, la rivière était en assez forte crue. Ce qui n'a absolument pas empêché la pêche d'être excellente. À noter, tout de même, que le temps changeait très vite, passant en quelques heures du beau au mauvais temps et vice-versa avec, notamment, une matinée de... neige! Le gros des saumons est cependant arrivé à la fin de notre séjour, le vendredi 2 juin, jour où je touchais littéralement saumon sur saumon: il m'arrivait de toucher un saumon à chaque poser de la mouche! Mais beaucoup de ces poissons très frais se décrochèrent malheureusement. La semaine du 3 au 10 juin fut fantastique pour les veinards qui la pêchèrent.

En 1996, je suis arrivé à Mourmansk le 15 juin. Il neigeait! J'ai passé une semaine sur une rivière du nord de la Péninsule, la Rynda. Ce fut une semaine de froid, de brouillard, de blizzard même. Avec de la neige partout, des mètres de neige par endroits. La rivière? Glacée. La température de l'eau variait au fil des journées entre 0 et 1° Celsius. Une variation à la hausse d'un ou deux dixièmes nous redonnait espoir. C'est dire notre désespoir. Pas 'ombre d'un saumon frais, quelques kelts et truites. Mais, comme me disaient mes compagnons de pêche (Anglais, Américains et Suédois), ainsi va la pêche du saumon. En 1995, la semaine où nous pêchions était trop tard: le début de la saison avait eu lieu deux bonnes semaines plus tôt, et l'essentiel des gros saumons était déjà remonté. "Il faut être là au début de la saison. L'année dernière nous étions là trop tard. Cette année, nous sommes là trop tôt. Et c'est pourtant la même semaine" me dit l'un d'eux. Nous nous sommes même demandé si l'hélicoptère allait pouvoir venir nous rechercher, tant le plafond des nuages était bas et le brouillard dense à certains moments. Retour à Mourmansk donc le 22 juin, changement d'hélicoptère et direction l'Umba aussitôt. Quel contraste. Là-bas, le Printemps était bel et bien installé. Un Français qui était sur l'Umba pendant que je me les gelais sur la Rynda, me dit quelle semaine merveilleuse il venait de passer, avec, si je me souviens bien, 26 ou 27 saumons à la clé, dont 3 de plus de 20 livres! Et dire qu'il était tout seul à pêcher, aucune autre réservation n'ayant été faite cette semaine-là, à moins qu'il n'y ait eu des annulations. C'est vrai qu'on avait fêté le 10ème anniversaire de Tchernobyl cette année-là... Et que certains spécialistes, à moins qu'il ne s'agisse de gourous, avaient prédit un accident nucléaire majeur à Kola avant l'Automne avec l'explosion d'une centrale nucléaire, voire celle de toute la flotte nucléaire russe parquée dans le port de Mourmansk. De quoi refroidir les ardeurs des pêcheurs les plus chevronnés. De retour à Mourmansk, le 29 juin, le temps n'y avait toujours pas changé: froid, neige, brouillard. Ce n'est qu'une bonne semaine plus tard que le Printemps a enfin pointé son nez sur la côte nord de Kola.

En 1997, la situation fut à peu près semblable à 1996. J'arrivai sur l'Umba le 14 juin, le Printemps était là alors qu'il neigeait 300 kilomètres plus au nord. Ce fut ma meilleure semaine de pêche avec 33 saumons dont un de 22 livres, et plusieurs entre 15 et 19. En 1998, j'arrivai le 13 juin. La saison avait commencé quelques jours plus tôt. La semaine fut très bonne pour tout le groupe. En 1999, j'arrivai le 12 juin. Il neigeotait sur Mourmansk, alors que la saison avait été précoce sur l'Umba, et la rivière était plus basse que d'habitude. Ce fut néanmoins une très bonne semaine, la meilleure que j'ai connue sur la Krivetz, bras amont de l'Umba, habituellement un peu trop haute à cette époque de l'année.

Comme vous le voyez, la pêche sur les rivières du nord de Kola peut être merveilleuse. Elle est sans doute aussi plus aléatoire. La bredouille y est possible en juin, si les saumons ne sont pas arrivés. En juillet, qui est certainement le meilleur mois sur ces rivières, à moins de précocité de la saison, les prix sont astronomiques. Normal. Ceux qui exploitent la pêche sur les rivières du nord doivent faire leur saison en à peine plus d'un mois de pêche. Ce qui est très court. Alors les prix s'envolent jusqu'à frôler les 10,000 Euros la semaine sur les rivières les plus réputées, transport de Paris ou d'ailleurs jusqu'à Mourmansk non compris... Un peu cher.

La Ponoï

A l'est de la Péninsule de Kola se trouve une autre rivière de renommée mondiale: la Ponoi. C'est une magnifique et grande rivière sur laquelle le nombre des captures est en principe nettement plus important que sur l'Umba. En raison d'une bonne gestion de la rivière, la taille moyenne des saumons y semble en augmentation. Alors que dans les années 90 il ne s'y prenait que rarement des poissons de plus de 12 livres, ces dernières années de plus en plus de saumons de plus de 20 livres y sont capturés. Mais ne rêvez pas: ce qui fait la réputation de la Ponoi, c'est le nombre de saumons que l'on peut y capturer en une semaine de pêche. La majorité de ces saumons pèse aux alentours de 5 livres et, de temps en temps, un saumon beaucoup plus gros prend la mouche. Et c'est bien ce qui rend la pêche intéressante: on ne s'ennuie pas.

Au sud, plein de petits saumons

Les rivières du sud de la Péninsule sont presque toutes des rivières à petits saumons. La saison y est généralement courte, tous les saumons ou presque semblant passer ensemble en 2 ou 3 semaines. Mais alors quelle pêche! Un Anglais me disait que des captures d'une trentaine de saumons par pêcheur et par jour étaient alors monnaie courante. L'un d'eux en prit plus de 60 dans sa journée! Mais il y a peu de saumons de plus de 5 ou 6 livres.

Sauf sur l'Umba!

Presque toutes les rivières du sud de la Péninsule sont donc des rivières à petits saumons. L'exception, c'est l'Umba. Nous avons vu que les conditions climatiques sur l'Umba étaient en principe plus clémentes qu'au nord. C'est la Riviera de Kola! Bon, sans les seins nus, les casinos et autres boîtes de nuit...

La saison de pêche sur l'Umba est beaucoup plus longue, commençant fin mai pour se poursuivre jusqu'au début du mois... d'octobre! On y dénombre cinq remontées de saumons, ce qui crée un flot à peu près continu de saumons remontant la rivière.

La taille des saumons de l'Umba peut varier de 3 ou 4 livres à plus de 50! Ce qui donne un certain piment à la pêche: on n'est jamais sûr de ce qu'on va bien pouvoir toucher. Oh, bien sûr, avec le temps on finit par connaître les postes où l'on a plus de chances de toucher un gros saumon, mais il n'y a jamais rien de sûr. Quand tous les poissons sont calibrés, on adapte le matériel à la taille des poissons. Sur les rivières à petits saumons, les Anglais me disaient qu'ils faisaient appel à leur matériel pour pêcher la truite, afin d'augmenter le plaisir de la pêche. Sur les rivières du nord, au contraire, le 40 centièmes, voire plus gros, est le fil de prédilection. Sur l'Umba, on ne sait pas. Je pêche en 30 centièmes, comme beaucoup d'autres pêcheurs, mais quand on touche un saumon de plus de 20 livres, rien n'est jamais joué. Par ailleurs, "gros saumons" rime souvent avec "peu de saumons", tout comme "petits saumons" rime avec "beaucoup de saumons". L'Umba, possédant des saumons de toutes les tailles, est une rivière où l'on peut attraper beaucoup de saumons et de qualité. Je me souviens de mon retour en 1997 où j'avais sympathisé avec des Américains qui pêchaient la Ponoï. Cette année-là, ils avaient pris une quarantaine de saumons chacun, mais leur plus gros poisson ne pesait que 12 livres. Et ils m'ont dit que tout bien compté, ils auraient sans doute préféré n'en prendre que 33 comme moi, avec un de plus de 20 livres. Et pourtant le prix de leur semaine coûtait plus de deux fois plus cher.

Photo d'un superbe saumon atlantique de la Péninsule de Kola

Umba: le rêve perdu...

Il y a peu de temps encore, je disais que l'Umba était le rêve. Malheureusement, aujourd'hui, je dois ajouter que ce n'est plus qu'un rêve perdu. Considérez une grande rivière qui traverse plusieurs grands lacs. De ce fait, elle ne manque jamais d'eau, contrairement à d'autres rivières, et, même en période de crue, elle reste pêchable car son eau ne se trouble pas, les lacs servant de bassins de décantation pour les matières en suspension.

La pêche sur l'Umba convient à tous les pêcheurs à la mouche, qu'ils soient débutants ou experts, jeunes ou moins jeunes. Il y a des possibilités de pêche pour tout le monde, en barque, en wading ou de la berge. Beaucoup de pêcheurs, notamment Français, disent détester la pêche du saumon en barque. Vérification faite, peu l'ont jamais pratiquée. Je préfère aussi la pêche en wading ou la pêche du bord. Mais la pêche en barque peut être très amusante. Elle est parfois la seule façon d'accéder à certains coups de pêche, ou de permettre de bien couvrir un poste. Et puis, je peux vous dire que quand vous avez crapahuté une semaine dans la neige, le brouillard et le froid sur une rivière du nord de Kola, sans rien attraper d'autre que quelques kelts, vous appréciez ensuite de pouvoir profiter du soleil pendant que vous vous déplacez et pêchez en barque sur l'Umba. Avec un bon guide, vous pouvez alterner pêche en barque et pêche du bord ou en wading, et c'est très agréable. Et puis, avec un guide qui positionne correctement la barque, change fréquemment de place, la pêche en barque n'est plus tellement différente de la pêche en wading.

Une chose appréciable, après la pêche, c'est de retrouver un habitat convenable. La plupart des rivières de la Péninsule de Kola sont pêchées à partir de camps en toile. Vous mangez et dormez sous la tente. Sur l'Umba, il y a un Lodge! En dur! Avec de vraies chambres, une salle de bains par chambre avec douche, lavabo et toilettes. Du grand luxe dans cette région! Une salle à manger avec une bonne cheminée et un bar pour nous restaurer et prendre un verre jusque tard le soir.

Malheureusement tout cela n'est plus que souvenir. En 2002, la saison de pêche fut catastrophique. La raison? La pêche au filet en estuaire. Pour une raison qui nous reste mystérieuse, des pêcheurs ont mis leurs filets en travers de l'estuaire et capturé la presque totalité de la remontée de saumons en juin et juillet. Quand le chef de camp s'en est rendu compte, son intervention a permis de débloquer la situation, et la fin de saison fut excellente. Mais Loop, qui y exploitait la pêche sportive en eau douce, a décidé de laisser tomber. Impossible d'y emmener des pêcheurs occidentaux sans un minimum de certitude. La pêche du saumon, tout le monde le sait, est soumise à des aléas. Mais quand on barre la rivière avec des filets, il n'y a plus d'aléa mais une certitude, celle que la pêche à la ligne va être beaucoup moins bonne. Un ami qui s'y est rendu la même semaine en juin 2001 et juin 2002, prit 45 saumons en 2001. En 2002, l'ensemble du groupe, soit 8 pêcheurs, ne prit que 5 saumons au total sur l'Umba! Un vrai désastre. Pourquoi ne pas avoir retirer les filets tout de suite? Il fallait savoir qu'il y en avait. Il est clair que les Russes qui étaient chargé de garder la rivière n'ont pas fait leur travail, ils auraient dû retirer les filets ou au moins prévenir immédiatement le représentant de Loop sur l'Umba. Pourquoi ne l'ont-ils pas fait? Sans doute vaut-il mieux ne pas le savoir… Aujourd'hui, l'Umba continue d'être pêchée. En recherchant sur Internet, il est clair que ce n'est pas simple de trouver qui exploite l'Umba aujourd'hui, comment y aller et à quel prix. Mais je présume que si une organisation s'en occupe à nouveau, il sera possible d'y retourner, en espérant que des filets ne ruineront pas tout espoir de capture…